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Brigitte Badier

Photographie - Film - Art numérique 


Interview CINEWOMEN à propos de Blue Canal Bleu (traduite en français)



Brigitte Badier fait des films très personnels qui utilisent souvent des endroits spécifiques comme source d'inspiration pour des sujets à portée émotionnelle et philosophique. Le film Blue Canal Bleu, une errance photographique le long du canal de l'Ourcq, est atmosphérique, multi-dimensionnel et plus significatif après chaque visionnage. Brigitte, pouvez-vous nous parler de votre parcours en tant que cinéaste et photographe ? Qu'est-ce qui vous a inspiré à vous exprimer à travers ces media ?


Depuis plus de 20 ans, je travaille en post-production, principalement dans le sous-titrage. Cela consiste à être très précis. Chaque image a son importance. Elle est dépendante du rythme du film. Avant de travailler sur des films, j'ai étudié la photographie, le montage et la poésie à Londres. J'ai toujours été très sensible à la poésie de l'image. C'est peut-être le fait de voir tant de films qui m'a inspirée, mais je n'en suis pas si sûre, je dirais plutôt que je ressens le besoin de saisir un instant, une émotion. Avec la photographie, on peut figer l'instant et le rendre intemporel. Cet instant est inestimable car il est unique et de courte durée. Ce qui m'inspire c'est le fait d'exprimer à travers la photographie la beauté de cet instant. J'avais rassemblé tellement de beaux instants le long du Canal de l'Ourcq qu'il m'est devenu évident d'en faire un film.




Nous voudrions nous pencher sur la genèse de votre film : comment vous est venue l'idée de Blue Canal Bleu ?


En me promenant le long du Canal de l'Ourcq, j'ai été très émue par l'endroit. On sent que ça va être transformé, de nouveaux bâtiments apparaissent et les murs abandonnés couverts de graffitis sont sur le point d'être détruits. Marcher le long du canal est comme une errance à travers l'éphémère et je le ressentais si profondément que j'ai eu besoin de prendre des photos. Je me suis dit que je pouvais leur donner un sentiment d'intemporalité grâce à un travail avec la couleur bleue. Blue Canal Bleu est un mélange de choses que l'on peut découvrir sur ou le long du canal et aussi un mélange des genres, la photographie et le film. D'ailleurs, le titre est un mélange des langues, «Blue» signifie «Bleu», même sens, mais avec un son différent, une perception différente. Créer une perception différente, une émotion différente en mélangeant différentes approches était à la genèse du film.




Blue Canal Bleu fait écho à la forme la plus ancienne du cinéma : pouvez-vous présenter à nos lecteurs cette idée fondamentale derrière votre film ?


Avec Blue Canal Bleu, je reviens à la source du cinéma : l'image. Pourquoi revenir à la source du cinéma : l'image ? Parce qu'elle fixe le mouvement dans le temps. Au début du cinéma, l'image était l'essence et le point de départ de la réalisation des films. En rassemblant les images, on a découvert que l'on pouvait obtenir une sensation de mouvement. Cette sensation devient différente en fonction de la manière de rassembler. A l'époque, l'image était quelque chose de matériel, il fallait la couper littéralement pour obtenir l'effet escompté. Elle était coupée, coloriée ou retravaillée physiquement. On se préoccupait réellement de l'image en elle-même. Alors, peut-être que Blue Canal Bleu fait écho à la forme la plus ancienne du cinéma parce qu'il redonne à l'image le rôle principal. Voilà pourquoi je donne de l'importance à chaque image. Pour moi, une image est avant tout une photographie, la composante fondamentale de la réalisation cinématographique.




Votre cinéma semble être profondément influencé par le potentiel émotionnel de la couleur. Pouvez-vous commenter cet aspect particulier de votre cinéma ?


L'émotion est le maître mot. C'est vraiment ce qui me touche dans l'image qui me pousse à créer «une vague bleue» sur la photographie. Pourquoi bleue ? Lorsque l'éphémère est mélangé avec l'intemporel, ma photographie devient bleue. Le sentiment que ce qui se voit dans l'image peut avoir disparu ou a déjà disparu, m'oblige à rendre cela intemporel. Pour moi, cette tonalité bleue «fixe» l'image dans le temps et la rend éternelle d'une certaine façon. Quand je retourne le long du Canal de l'Ourcq, je suis très touchée de voir à quel point il se transforme aussi rapidement. Je ne suis pas dans le jugement, je veux juste exprimer et transmettre une émotion. Cette émotion passe par un travail avec la couleur bleue qui est différent sur chaque image. Comme le sépia peut être utilisé pour exprimer l'idée du passé, le bleu donne une notion d'intemporalité.




Nous avons été vraiment impressionnés par l'équilibre que vous avez pu réaliser dans le travail entre une sensibilité classique et une vision futuriste. Le lieu comprend des bâtiments modernes et des murs abandonnés, nous rappelant Waste Land de TS Eliot. Comment ce concept a-t-il évolué ?


Pour moi, un court-métrage est comme un poème. Pendant une courte période, vous faites voyager le lecteur ou le spectateur dans un monde que vous avez créé, même si c'est à travers des descriptions ou des images d'un paysage qui existe réellement. La poésie est un art ancien tandis que la photographie est jeune, elle a un peu plus de 100 ans. Cependant, les deux créent des images. Grâce à la poésie et une certaine utilisation des mots, des images étonnantes peuvent être créées dans l'esprit du lecteur. Avec un film, vous montrez les images. La difficulté est la façon dont vous les utilisez et ce que vous voulez transmettre au spectateur. Blue Canal Bleu est une errance photographique, une invitation à naviguer sur les images, en surfant sur une vague bleue avec le même rythme pour chaque image, comme un poème avec un même rythme de vers. Grâce à cette utilisation d'un rythme classique, même les bâtiments modernes semblent déjà appartenir à un autre âge. Mon expérience dans la poésie, la photographie et le montage m'a permis de développer ce concept en mélangeant ces différentes compétences. De plus, pour le film Blue Canal Bleu, j'ai eu la chance de pouvoir utiliser la superbe musique de Victoria Rummler. Sa voix magnifique sur cette très belle mélodie ajoute à la poésie de l'image du film.




Quand nous avons vu Blue Canal Bleu, nous avons immédiatement pensé au cinéma de Chris Marker. Qui parmi les artistes et réalisateurs internationaux ont influencé votre travail ?


Parmi les grands artistes internationaux, je pense à Claude Monet et ses magnifiques tableaux comme Les Nymphéas, Mary Cassatt et ses émouvantes peintures comme L'enfant en chapeau de paille, Sara Moon et ses images photographiques incroyables.

En ce qui concerne les réalisateurs, Andreï Tarkovski donne un exemple de la puissance de l'image avec Andreï Roublev. Il en est de même avec Terence Malick, Jane Campion, Percy Adlon, Jean Cocteau... Pour moi, ils sont une référence dans le cinéma.

Le Kid de Charlie Chaplin est un film muet qui m'a vraiment impressionnée. Il montre l'importance de la photographie dans le cinéma muet. C'est tout aussi évident lorsque vous regardez des films muets comme Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau ou les films de Buster Keaton, Georges Méliès ou Alice Guy.




Pensez-vous qu'il est plus difficile pour les femmes d'avoir leurs projets mis en valeur ?


Par exemple, Alice Guy est une référence pour moi dans le cinéma muet. Elle a inventé le film de fiction, elle a écrit et réalisé le premier film narratif avec La Fée aux choux. Elle a développé l'art de la narration cinématographique, l'utilisation des effets spéciaux et l'utilisation du son sur l'image. Elle a créé le premier péplum et le premier «Making Of » Alice Guy tournant une phonoscène. J'aime beaucoup son court métrage muet Sur la barricade. On traverse différentes émotions tout en regardant son film et le sujet est très contemporain. Bien que son inventivité a complètement changé le visage et l'histoire du cinéma, elle est assez méconnue. D'ailleurs, son œuvre cinématographique n'est jamais célébrée.


Aujourd'hui, il est encore difficile en tant que femme cinéaste d'avoir son travail mis en valeur. Surtout quand vous voulez faire quelque chose de différent et de nouveau.


Nous sommes tellement envahis par des images de soi-même, par des selfies, que très souvent, une femme est jugée sur son apparence et non sur ses actes. Son apparence doit souvent correspondre à certains clichés, peu importe ce qu'elle crée. Lorsque vous travaillez sur un projet, vous voulez que votre projet soit mis en valeur. Il est très frustrant quand vous êtes invitée à donner votre photo lorsque vous souhaitez présenter un projet. Je voudrais que Blue Canal Bleu existe par lui-même; peu importe mon genre ou mon apparence.




Merci d'avoir partagé votre temps, Brigitte, nous vous souhaitons le meilleur dans votre carrière de cinéaste.


Merci.



Quels sont vos projets à venir ? Avez-vous un film à l'esprit en particulier ?


J'ai plusieurs projets photographiques et cinématographiques à l'esprit. Je travaille sur des photographies que j'ai prises en Bosnie, au cours de mon voyage pour présenter Blue Canal Bleu au Viva Film Festival à Sarajevo où le film a reçu un prix. Je travaille également sur différents projets sur Paris et la région parisienne.




(Interview réalisée en 2015)







Interview en anglais :


http://issuu.com/wacpress/docs/cin_wom_15_16___art_cinema/74